«la demande énergétique  globale résulte, qu’on le veuille ou non, de l’addition des demandes individuelles, chacun d’entre nous doit donc se sentir responsable d’une petite part de la consommation totale d’énergie ; que cette part soit faible on ne peut en aucune façon nous permettre d’ignorer le problème. Si nous ne maîtrisons pas notre croissance énergétique, d’autres facteurs politiques, économiques ou techniques interviendront pour réduire notre consommation. Le freinage sera alors d’autant plus brutal que plus grande aura été notre imprévoyance  ».

Louis Reynes

Aujourd’hui, l’importance de l’énergie n’échappe plus à personne puisque nous en avons besoin pour nous nourrir, nous chauffer, nous éclairer, nous déplacer, pour faire tourner nos usines ; plus que ça l’énergie est considéré de nos jours comme étant l’oxygène de la vie économique, elle se trouve au cœur de tous les grands problèmes du monde d’aujourd’hui : pollution, chômage et inflation pour les pays riches, faim et sous développement pour les pays du tiers monde.

Depuis le choc pétrolier de 1973, l’énergie a pris une ampleur sans précédent. Des études et rapports se succèdent pour analyser la situation actuelle et préparer l’avenir. Il va en manquer disent les uns, on consomme trop disent les autres, ce qui revient en réalité  à dire la même chose de deux façons différentes. Ce qui est certain c’est que l’énergie est devenu une denrée rare et chère et le restera longtemps et que la crise du pétrole nous a fait rentrer dans une ère nouvelle : le temps de la gestion de l’énergie. En effet les enseignements que nous avons tirés de ces années de crise sont :

  • Economiser l’énergie trop souvent gaspillée
  • Substituer au pétrole d’autres sources d’énergie
  • Donner la priorité à l’énergie renouvelable

C’est-à-dire celles qui ne risquent pas de s’épuiser ; aujourd’hui il faut que les questions énergétiques débordent le domaine des spécialistes pour gagner celui du public. Il est nécessaire et même vital que chacun assume le rôle du consommateur averti que la situation exige. Cependant, il ne s’agit pas de sacrifier le confort et les facilités que l’énergie nous gratifie, mais seulement de réduire intelligemment nos consommations de les mieux répartir de les mieux adapter à nos besoins réels.

En gérant soigneusement les énergies que l’on dépense, on peut sans se priver réaliser des économies considérables.

 

 

Economiser ne signifie pas se priver

On peut économiser l’énergie en récupérant celle perdue dans les déchets ou les rejets d’usines, en utilisant des sources renouvelables et en choisissant des machines plus économiques. En effet le recyclage des produits usagés en produits neufs semblables par un traitement approprié présente une importante forme d’économie d’énergie.

Fabriquer une bouteille neuve équivaut à utiliser un demi litre de pétrole, alors que les morceaux de verres récupérés peuvent servir à la fabrication de nouvelles bouteilles.

D’autre part, il faut trois kilos de bois pour faire un kilo de papier. En France on jette 3.600.000 tonnes de papier par an ce qui correspond à 90.000 hectares de forêts alors qu’à Chicago tous les anciens annuaires de téléphone sont repris en échange des nouveaux et le papier sert à fabriquer ceux à venir.

En Tunisie, on estime que la quantité d’ordures ménagères récupérables est de l’ordre de 540.000 tonnes par an dont la valeur énergétique est de l’ordre de 135.000 Tep.

Par ailleurs, l’élevage produit plus de 15 millions de tonnes de déchets organiques si on suppose qu’on peut récupérer 3 millions de tonnes pour les besoins énergétiques, l’équivalent de cette production a été estimé à 225.000 Tep.

Enfin on suppose que la moitié de la production de grignons d’olives a été utilisé comme source énergétique ou aurait eu une valeur de 36.000 Tep en 1986.

Pour un bâtiment moins énergivore

D’autre part le bâtiment est un domaine par excellence pour appliquer la politique énergétique fondée d’une part sur la lutte contre le gaspillage et d’autre part sur la mise en valeur des ressources renouvelables.

En effet certaines économies peuvent facilement y être réalisées soit au niveau de la fabrication et de la mise en œuvre des matériaux soit au niveau de l’exploitation du bâtiment.

La transformation et le transport des matériaux consomment chaque année des quantités considérables de nos ressources fossiles.

Le ciment nécessite une température de cuisson de 1450°C et le plâtre 100°C environ, alors qu’un produit cru ou peu cuit consomme beaucoup moins d’énergie.

Un bloc de béton ou aggloméré consomme pour sa fabrication 300 fois plus d’énergie qu’une brique en terre séchée au soleil.

Il s’avère donc nécessaire aujourd’hui de favoriser systématiquement et dans leur diversité extraordinaire la mise en valeur des matériaux locaux les moins cuits possibles.

En outre l’enveloppe du bâtiment pourra être une importante source de déperdition thermique. En effet plus de 40% des pertes sont causées par les murs, la toiture et le sol.

La recherche d’une nouvelle façon de bâtir est aujourd’hui nécessaire, elle est l’affaire des entreprises, des bureaux d’études mais surtout des architectes au niveau de la conception. Une meilleure connaissance de la fonction thermique de l’habitat liée à la contrainte d’économie d’énergie permettra de faire des bâtiments mieux conçus, plus économiques par rapport aux données du climat, en un mot de faire de l’architecture bioclimatique.

Enfin l’utilisation de l’électricité pour le chauffage est une aberration énergétique. En effet l’électricité provient de la combustion du fuel dans les centrales thermiques puis elle redevient de la chaleur dans les radiateurs pourquoi alors ne pas utiliser directement le fuel comme source de chaleur.

De plus on peut diminuer notablement la consommation en chauffage en profitant au maximum des apports gratuits du soleil par les fenêtres.

Le domaine de l’habitat qui sera concerné au premier application solaire au chauffage de l’eau sanitaire doit être aussi le support d’autres actions visant à réduire le recours aux hydrocarbures partout où des solutions moins énergivores peuvent être envisagées.

Il faut souligner à cet égard l’importance pour l’avenir des recherches en matière de construction visant à donner un contenu moins énergivore au bâtiment tant au plan de la conception architecturale qu’au niveau du choix et de la mise en œuvre des matériaux.

Pour que le citoyen participe

Ce que recouvre communément l’expression « économie d’énergie » consiste non seulement à prendre conscience des sources de gaspillage en vue d’y mettre fin mais aussi à faire en sorte d’utiliser le minimum d’énergie pour une même production de biens ou prestation de services ; une telle action passe nécessairement par un examen en profondeur des différents usages de l’énergie dans les principaux secteurs de consommation.

Des opérations de diagnostic énergétique auprès des plus grands consommateurs (industrie, transport, habitat et agriculture) sont donc indispensables afin d’identifier les problèmes techniques économiques et financiers et de définir une procédure systématique à laquelle tous les citoyens doivent se référer à l’avenir afin de retarder l’échéance du déficit entre ressources et besoins qui risque d’apparaitre dans les prochaines années.