Voir l’article >>

Béji Caïd Essebsi (BCE), premier président de la 2e république tunisienne est un phénomène de longévité politique.

A 12 ans, l’adolescent tunisien est attiré par le mouvement national.

A 29 ans, le 24 avril 1956, le Premier ministre Habib Bourguiba le nomme chargé de mission à la présidence du conseil, puis directeur de l’administration régionale au ministère de l’Intérieur.

A 44 ans, il est solidaire d’Ahmed Mestiri et du groupe des libéraux, qui plaidaient pour davantage de démocratie interne au sein du Parti socialiste destourien (PSD). Ce groupe, qui sera exclu du parti et de l’assemblée, en septembre 1974, formera par la suite le Mouvement des démocrates socialistes (MDS).

A 55 ans, en 1980, il réintègre le gouvernement en tant que ministre délégué auprès du Premier ministre Mohamed Mzali, avec la mission de mettre en place les conditions d’instaurer une démocratie en Tunisie et de mettre fin au pouvoir personnel de Bourguiba. Un an plus tard, le 15 avril 1981, il est nommé ministre des Affaires étrangères.

En 1990, sous Ben Ali, il prend la présidence de la chambre des députés, convaincu de pouvoir insuffler un zeste de vitalité démocratique à une institution réduite au rôle de chambre d’enregistrement.

Déçu, encore une fois, du régime, il demande de céder sa place et se retire des affaires publiques, pour renouer avec son métier d’avocat.

L’homme de la transition
A 85 ans, il est nommé Premier ministre, au lendemain de la révolution de janvier 2011, chargé gérer le pays au cours de la période transitoire.

A 88 ans, il est élu président de la république et ses concitoyens redécouvrent le leader au charisme intact, fin stratège, habité par le sens de l’État. Il séduit par la finesse de son analyse, sa vision politique, la clarté de ses objectifs et, doit-on dire aussi, sa vivacité d’esprit.

BCE, comme son inspirateur Habib Bourguiba, possède une aisance en arabe dialectal et un sens de la formule qui le distingue de tous les autres acteurs politiques tunisiens.

L’enthousiasme suscité par ses sorties médiatiques s’explique par le contraste entre ses prestations et celles des anciens opposants à Bourguiba et Ben Ali, dont la médiocrité a été révélée après la révolution.

Comme Bourguiba, BCE pense que le pouvoir et le style ne sont pas dissociables. Il l’écrivait dans son livre, ‘‘Bourguiba : Le bon grain de l’ivraie’’ publié aux éditions Cérès en 2009 : «L’État s’impose par ses institutions et par la qualité et la culture des hommes choisis pour le servir.»

En 1956, Bourguiba n’avait pas réussi à achever convenablement, selon son point de vue, le Code du statut personnel (CSP), et n’a pas pu imposer l’égalité successorale entre l’homme et la femme, dernier écueil pour instaurer légalement l’égalité hommes-femmes.

La bombe de l’égalité successorale
S’inscrivant dans les pas de son illustre prédécesseur, BCE a annoncé, le 13 août 2017, lors de la célébration de fête de la fête nationale de la femme, la création d’une commission qui aura pour mission d’étudier les moyens de faire évoluer la législation tunisienne en vue d’établir l’égalité successorale et la permission du mariage entre une Tunisienne musulmane et un non-musulman.

Cette annonce, qui a eu l’effet d’une bombe dans le ciel des relations entre son parti, Nidaa Tounes, et ses alliés du parti islamiste Ennahdha, n’a pas manqué de provoquer une polémique, et pas seulement en Tunisie, puisque ses échos ont résonné partout dans le monde musulman où la question de l’égalité successorale est taboue. Elle constitue, pour lui, le couronnement de sa longue carrière politique et la marque personnelle qu’il voudra laisser dans l’histoire. Encore faut-il que ce qui n’est encore qu’une proposition présidentielle soit traduite en un texte législatif, adopté par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Mais c’est là une autre histoire…