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Ennahdha et la mort annoncée des mouvements islamistes

‘‘Faut-il pendre les architectes ?’’ est le titre d’un livre publié par Philippe Trétiack, journaliste et écrivain, architecte de formation, qui a eu le mérite d’aborder un sujet peu traité, celui de la place et du rôle de l’architecture, qui est partout, mais onen parle très peu.

Le livre dresse un bilan, propose des solutions aux problèmes soulevés avec une rigueur non dénuée d’humour et rend hommage aux architectes qui continuent de pratiquer honorablement leur métier, envers et contre tout.

L’auteur ose cette boutade : «A quoi distingue-t-on un assassin d’un architecte? A ce que, à la différence du premier, le second ne revient jamais sur le lieu de son crime.»

Pour Philippe Trétiack, les architectes ne sont pas les seuls responsables de la mocheté des villes; ils sont embourbés dans une chaîne de contraintes et de dysfonctionnements, imposés par de multiples acteurs, dont ils ne parviennent que rarement à se défaire.

«Désormais, dans ce pays (la France, Ndlr) où la réglementation reste la plaie de l’architecture, il ne reste plus aux maîtres d’œuvre que des facéties de façades» (p. 211), note l’auteur, qui pense que la conséquence que cette hystérie réglementaire a vu les architectes accablés par toujours plus de règles à suivre et de normes à respecter.

Sans nier les torts des architectes, l’auteur défend l’idée qu’ils sont des boucs émissaires, que l’on condamne à la va-vite, au lieu de dénoncer le système politico-économique pernicieux dans lequel ils sont pris et où ils sont condamnés d’évoluer.

En effet, le phénomène du tout-règlement peut parfois nuire à la qualité des projets architecturaux et démotiver les meilleures volontés.

Que devient le métier d’architecte en Tunisie ?

Pour ce qui est de la Tunisie, la situation n’est pas très différente et dans l’essentiel de ce qui se construit, aujourd’hui, les architectes ont trop peu de place.

A la question «Faut-il pendre les architectes?», une réponse spontanée et sans nuances semble s’imposer en Tunisie : bien sûr ! Car, comment expliquer les nombreux échecs architecturaux? Qui en sont les responsables? L’architecture en Tunisie est-elle «archinulle»?

Aujourd’hui, il suffit de regarder nos villes et de circuler dans nos rues pour se rendre compte de la dégradation architecturale, à l’exception de quelques bâtiments à l’allure acceptable, mais ce n’est pas de quelques rares réussites que se construit l’image d’une ville et son visage architectural.

L’architecte a, aujourd’hui, en Tunisie, une image négative et il est rendu responsable de la médiocrité du cadre bâti, alors qu’il est exclu des cercles de la décision, de toutes les décisions.

En effet, plus que 40% de ce qui se construit est fait sans autorisation de bâtir, alors que seulement 10% des demandes d’autorisation de bâtir sont élaborées par des architectes, et 83% des maisons individuelles construites en Tunisie le sont sans le recours à un architecte.

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83% des maisons individuelles construites en Tunisie le sont sans le recours à un architecte.

Aujourd’hui, on fait délivrer des autorisations de bâtir par des commissions où ne siège aucun architecte et pour des projets élaborés sans l’avis d’un architecte. Ce qui en dit long sur la méconnaissance et le peu de cas fait du métier d’architecte dans notre pays.

Les Tunisiens ne savent pas très bien quoi faire avec l’architecture. Pour la majorité d’entre eux, l’architecte apparaît comme un homme encombrant dont l’intervention est coûteuse, le langage complexe et les exigences incompréhensibles. Cette image, qui est le fruit d’une ignorance réelle, est bien entendu totalement infondée et injuste.

D’autre part, les rares citoyens qui font appel aux architectes se permettent de discuter volume, forme, proportion, technique et esthétique, tout en étant incapables parfois de formuler leurs besoins, alors qu’aucun d’entre eux n’oserait mettre en doute l’avis de son médecin ou même discuter celui de son avocat. Ils ignorent tout de cette profession, de son rôle voire de sa nécessité. Tout ce que l’architecte peut apporter, à court et à long termes, d’apparent, de palpable et de réel est souvent invisible pour eux. Conséquence : la plupart de ce qui se construits aujourd’hui en Tunisie, les architectes y ont peu de place et en sont même étrangers.

Ce désordre qui règne dans notre pays en matière d’architecture et d’urbanisme, cette violation flagrante et permanente de l’éthique socioprofessionnelle et, enfin, cette déréglementation de la profession créent une sorte de saturation anarchique du marché de la construction et de l’urbanisme alors que nos architectes, surtout les jeunes, courent les rues à la recherche d’un travail honorable.

Les architectes s’appauvrissent de plus en plus

Dire que la profession est au plus mal est un euphémisme. Les commandes sont en baisse, aussi bien en marché public que privé. Le malaise des professionnels est de plus en plus palpable dans un métier qui a du mal à se mobiliser pour défendre sa valeur ajoutée.

Des jeunes architectes regroupés au sein d’un mouvement appelé «Architectes en colère» ont décidé de briser le silence et de crier leur mécontentement pour les conditions catastrophiques de travail. Ils dénoncent le favoritisme, la corruption et les multiples dépassements que vit le secteur dans notre pays. Leur slogan, «La coupe est pleine», exprime leur désespoir et leur dégoût pour un métier qui représentait, pour eux, un rêve.

Mais il faut dire que seuls les architectes sont responsables de cette situation, car nous n’avons jamais fait ce qu’il fallait pour bien représenter et défendre notre profession.

D’autre part, il faut œuvrer pour élargir les parts du marché des architectes, surtout de nos jours où ces derniers, en plus de son rôle historique de bâtisseurs, voient s’élargir leur champ d’action à des interventions nouvelles : développement durable, économie d’énergie, sociologie urbaine, développement régional et psychologie sociale.